Raphaël Imbert & Co – Music Is My Home –
Act I (Jazz Village/Harmonia Mundi)
Le saxophoniste autodidacte Raphaël Imbert, jazzman invétéré et infatigable, nous présente son
dernier projet intitulé Music Is My Home
– Act 1. Chargé de mission pour effectuer une recherche sur les racines
musicales du sud profond des Etats-Unis, il y effectue plusieurs séjours entre
2011 et 2013 durant lesquels il fera la connaissance de quelques figures
locales emblématiques de la scène blues et New Orleans. A travers 13 titres
vibrants, l'ethnomusicologue nous emmène dans les états pionniers de ces
musiques métisses qui accoucheront du jazz au début du XX° s. On y croise ainsi
les voix de légendes vivantes du blues
rocailleux comme Alabama Slim (The Mighty Flood) ou électrique comme Big Ron Hunter alias le "bluesman
le plus heureux du monde"(Going For
Myself, Make That Guitar Talk),
mais aussi des artistes plus jeunes à l'instar des délicieuses chanteuses
francophones Leyla McCalla, artiste créole aussi bien à l'aise au
violoncelle qu'au banjo(Weeping Willow Blues, La Coulée Rodair, Help Me Lord) et Sarah
Quitana (Po Boy). Toutes deux
partagent leur origine cajun. Issues
d'un autre sud, celui de la France, on ne boude pas non plus le plaisir de compter
parmi le staff la batteuse Anne Paceo
et la chanteuse marseillaise Marion
Rampal (Sweet River Bues).
Toutes et tous se joignent à la Compagnie Nine Spirit (déjà bien au fait des sonorités du delta) que Raphaël
a créé en 1999 à Marseille avec notamment le guitariste Thomas Weirich, le multi-instrumentiste Simon Sieger (trombone, claviers et accordion) et le bassiste Pierre Fenichel (spécialiste du ukulélé
basse).
La chanteuse kurde Ozlem
Bulut, originaire d'un petit village dans l'Est de la Turquie, nous
présente son nouvel opus intitulé Ask.
Si les rythmes et les mélodies
traditionnelles d'Anatolie habitent ce second disque, le jazz, le chant lyrique et la pop s'y
frottent allègrement. La voix puissante
et cristalline de la cantatrice (qui fît ses armes au Vienna State Opera et
au Vienna Volksoper en Autriche ainsi qu'à l'Opéra Bastille de Paris) impose un
style qui allie subtilement, et avec une
grande liberté, les saveurs orientales aux richesses harmoniques de la musique
aux notes bleues. Elle est entourée depuis 2008 de son Ozlem Bulut Band, mené par le claviériste et compositeur autrichien
Marco Annau, l'ensemble propose une effusion
de sonorités éthnojazz joyeuses et
pétillantes illustrant des textes et une posture engagés et résolument modernes
pour un pays dans lequel demeure encore des courants archaïques et rétrogrades.
Le duo indie-pop berlinois Me And My Drummer nous offre enfin une suite à leur premier effort The Hawk, The Beak, The Prey paru en 2012. Love Is A Fridge en reprend les grandes lignes et se pare de reflets plus colorés voire expérimentaux, variant davantage les ambiances et accentuant son versant dansant. Situant leurs influences du côté de Serge Gainsbourg, Can, PJ Harvey ou Broadcast, Charlotte Brandi et Matze Pröllochs accouchent d'un disque murement réfléchi et sans compromis. Ils y distillent une electro-pop inspirée, soignée et polymorphe qui oscille entre ballades aux accents synth-rock cosmiques parcourues de textures nébuleuses et titres plus up-tempo, semés d'influences 80's plutôt catchy.
Man Without a Clue Feat. Maleka - Bless Her Soul (Defected Records)
Pour ses débuts chez Defected, le jeune Dj/producteur hollandais Man Without a Clue frappe un grand coup avec son excellent single Bless Her Soul. Celui qui a collaboré avec 3 des artisans majeurs de la house new-yorkaise, à savoir les légendes Todd Terry, Kenny Dope et Roger Sanchez, nous offre un classique du genre à la ligne de basse obsédante et racée, habité en prime du flow soulful et sensuel de la divine Maleka.
Qui a pu oublier son terrible When I Play This Record paru en 2014 sur DFTD et qui s'était hissé parmi les plus gros succès underground joués à Ibiza l'été de cette même année?
Juste un petit tour du côté des dernières actualités musicales abordées dans mon blog Les Chroniques de Hiko... Riva Starr, Worthy, Surnatural Orchestra, Sainkho Namtchylak, Baaba Maal, Les gordon, MK Grands.
Parcouru d'ambiances
trip-hop cinématiques auxreflets
rock psyché, le dernier opus du flutiste Jocelyn Mienniel hypnotise l'auditeur, lui faisant arpenter un
paysage urbain poussiéreux semé de larsens et de distorsions. Les textures de Tilt sont pesantes, sombres et saturées,
Joce les tisse avec le concours du batteur
et maître des FXs Sébastien Brun, du
guitariste aux sonorités lancinantes Guillaume
Magne et du claviériste Vincent
Lafont. Les nappes de Fender Rhodes,
lacérées par les accords tranchants
de la guitare électrique, forment la toile de fond en lambeaux d'un disque
abrasif, rythmé par des coups martelés quasi mécaniquement sur une batterie tapageuse. L'album se compose
d'une ouverture, de 3 suites à 3 mouvements et d'un épilogue. S'y enchaînent
des pièces électrisantes dessinant les contours d'un rock progressif se dévoilant au ralenti. Le charmeur de serpent
explore les possibilités insondées et insoupçonnées de sa flute traversière,
modulant son souffle ou écorchant ses notes avec quelques effets spéciaux.
Tim Deluxe - The Radicle - Jas (single) (Strictly Rhythm)
Le musicien, producteur et Dj anglais Timothy Adrew Liken alias Tim Deluxe nous régalait fin Octobre 2015 avec la parution de son excellent album The Radicle publié par la célèbre écurie new-yorkaise Strictly Rhythm.
Ce troisième opus s'inscrit dans le retour en force d'un style qui avait plus ou moins disparu des écrans radar depuis la grande époque des St Germain, Mr Scruff et autres Jazzanova. En effet il illustre la rencontre sur le dancefloor du jazz et de la musique électronique et plus particulièrement de la house music. Tim Deluxe, qui avait cartonné dans les charts durant l'été 2002 avec son tube latino It Just Won't Do, n'a cessé de mixer aux 4 coins du globe au point d'arriver à un point de non-retour en 2008 où il s'est brutalement retiré du monde de la nuit et de la musique.
C'est en prenant des leçons de piano et en s'abreuvant de jazz que les goûts du jeu et de la composition lui sont revenus. Sa rencontre avec le contrebassiste Ben Hazleton lui permit de s'introduire par la petite porte sur la scène jazz londonienne et de là il forma son équipe de musiciens (parmi lesquels on note Jim Mullen à la guitare, le tandem Rod Youngs/Enzo Zirilli à la batterie et John Donaldson au piano) qui allait intervenir en studio sur ses nouvelles moutures.
Toujours connecté à la musique électronique, il s'est retrouvé derrière les claviers de Roots Manuva lors de quelques dates, une expérience formatrice qui l'aidera dans sa "reconversion". En effet, le producteur electro repenti exprime à travers The Radicle son anti-EDM et sa méfiance envers des tracks faits du même bois, qui ont trop souvent tendance à se ressembler. Parti pour faire un disque de jazz pur avec uniquement de "vrais instruments", il a finalement cherché à concilier le métier du Dj et la sensibilité du musicien, l'esprit du jazz et l'efficacité de la house.
Influencé par des grands maîtres du swing et du be-bop (Duke Ellington, Miles Davis, Alice Coltrane...), du blues (Big Mama Thornton, Fenton Robinson...) et de musique minimaliste (Terry Riley, John Cage...), Tim nous balançait en guise d'amuse bouche en Aout 2015 son premier single très orienté club Tryin' Find Awaypuis quelques mois plus tard l'excellent Feelings, qui a depuis tourné des centaines de fois sur les platines des plus grands djs (notamment chez Defected), avec son côté très french touch (façon Rose Rouge de l'album Tourist de notre Ludovic Navarre national) il a rapidement conquis les pistes de danse captivées par sa ligne de basse hypnotique et les cuivres entraînants de Jay Phelps (trompette) et Pete Wareham (saxophone).
Jas est donc le dernier extrait en date de The Radicle et outre les codes electrojazz déjà mis en avant dans ses précédents singles, il exprime l'engagement social et politique que l'artiste a voulu imprimer dans l'album. Pour ce, il sample une allocution vibrante de Barbara Ann Teer, comédienne et écrivaine qui a lutté pour l'accès des populations afro-américaines à la culture: "This is a mass culture we live in. It makes you look like something you really aren't. I want to be me, i want to be human." Ses mots résonnent en quasi a cappella pendant près de 50 secondes avant qu'une ritournelle au piano nous accompagne jusqu'au déferlement d'un groove deep-house étourdissant ! Jas est remixé par Eli Escobar (Eli Escobar Remix et Eli's Bonus Beat) et Timothy lui-même (Rhodes Remix et 'Speed' Remix).