Franck
Vigroux – Radioland : Radio-Activity Revisited (The Leaf Label/Differ-Ant)
Célébrant le quarantième anniversaire du 5° album de Kaftwerk intitulé Radio-Activity, le compositeur français Franck Vigroux accompagné du pianiste anglais Matthew Bourne et de l'artiste plasticien du mouvement Antoine Schmitt nous propose Radioland, un projet annoncé comme une relecture audiovisuelle ou
"une méditation" en forme d'hommage à l'œuvre des pionniers allemands
de la musique électronique, paru originellement en 1975.
Entre bruissements synthétiques,
bourdonnements, glitchs (Antenna), craquements, vocoder, échos, réverbes et
autres FXs, les trois acolytes réinterprètent les motifs et les mélodies
des titres originaux qui magnifiaient un nouvel univers sonore en formation, célébrant
les ondes radiophoniques (Radioland, Airwaves, Intermission/News) et la radioactivité
(Geiger Counter, Uranium, Radioactivity) dans
l'ère post-nucléaire.
La formation déploie pour ce rework tout un arsenal analogique (des familles Korg, Moog et
Roland) et une imagerie live (les visuels étant tous codés par Antoine et générés par ses propres
programmes). L'atmosphère mélancolique
et inquiétante de ce Radio-Activity
Revisited frôlant parfois le trip-hop des premières heures, demeure fidèle à sa matrice (The
Voice Of Energy), la modernité industrielle et technologique y est toujours
illustrée de façon romantique mais cette fois-ci traitée dans "une
esthétique jazz" enrichie d'une approche plus contemporaine et
malgré notre époque saturée de sonorités électroniques, l'effet Kraftwerk détonne encore de par la clairvoyance de leurs innovations sonores, de leur rigueur percussive et de leurs ritournelles entêtantes.
Déjà repéré depuis un certain temps grâce à ses excellentes productions,
il s’est récemment fait remarquer grâce à ses remixes bodybuildés (je pense notamment à sa version punchy du
succès Liquid Spirit du jazzman Grégory Porter ou bien de sa
réappropriation d’Omen des frangins Disclosure) destinés aux dancefloors
exigeants, férus de beats down tempo bien
produits. Désormais partie
intégrante du paysage électronique mainstream, l’allemand Claptone s’essaye au long format avec
son premier opus paru chez Différent Recordings
et distribué par Pias, Charmer. Composé de 13 titres où sont invitées
quelques unes des pointures du rock indépendant Nathan Nicholson (UK), Peter
Bjorn & John (Suède)et Clap Your Hands Say Yeah (USA), de
l’électro Jay Jay Johanson (Suède)et Jaw (FR) ou de la pop Young
Galaxy (Canada), le Dj producteur nous offre même une collaboration de haut
vol avec le dandy pop finlandais Jimi
Tenor sur un titre efficace, sensuel et funky intitulé Party Girl.
L’animal Claptone
se laisse difficilement apprivoiser, en effet il se dissimule derrière un
inquiétant masque en forme de bec de
vautour (que portaient les médecins bec durant les épidémies de peste
bubonique en France et qui inspira ensuite un personnage de la comedia dell’arte), emblématique du
carnaval de Venise. Ainsi grimé il se permet toutes les audaces devant ses
platines, distillant un son deep-house
orienté chill/pop, où la voix et le chant y occupent une place importante.
Certains regretteront peut être ses premières productions plus
underground comme Night On Fire qu’il
sortait en 2012 sur Exploited et Cream la même année sur Defected, cependant d’autres
apprécieront ses atmosphères estivales qui se rapprochent des sonorités de Feder, Milky Chance, The Avener
ou Robin Schulz, qui ont animées les
chaudes soirées de nos plages azuréennes l’été dernier.
Le titre phare de Charmer
est sans conteste No Eyes, qui n’est
d’ailleurs pas d’hier puisque la version maxi sortait en 2012, un hit en
puissance que l’on entendra résonner cet hiver en before, Jaw y déploie sa voix soul légèrement granuleuse injectant à
l’ouvrage un groove imparable.
Claptone a conçu
des mélodies catchy qui font mouche
dès la première écoute, bien que trop consensuel à mon goût, il nous délivre un
effort plutôt réussi.