jeudi 21 mai 2015

Uptake - So Far So Good (Jazz Village/Harmonia Mundi)


Uptake - So Far So Good (Jazz Village/Harmonia Mundi)

Le tout jeune quartet lyonnais Uptake (lauréat en 2014 RéZZo Jazz Focal de Vienne) mené par le tromboniste Robinson Khoury (récemment sacré meilleur instrumentiste lors du Tremplin Jazz de la Défense) nous présente son premier opus intitulé So Far So Good et composé de 9 compositions inspirées des piliers de la nouvelle scène jazz américaine. Ils citent notamment les pianistes Robert Glasper et Jason Lindner ou le tromboniste de Philadelphie Eugène Eubanks. La fusion qu’a opérée Joe Zawinul avec le Weather Report n’est sans doute pas non plus étrangère à la construction de leur identité musicale, forgée autour d’un groove solide marqué par leurs influences rock, pop et hip-hop…

Autour de Robinson Khoury et de ses sonorités chaudes, rondes et amples (qu’il agrémente occasionnellement d’FXs), se dévoilent l’excellent claviériste Bastien Brison (qui a largement participé à l’écriture de l’album), le bassiste Pierre Gibbe et le batteur Paul Berne. Cette fine équipe distille un jazz frais, aéré et sensuel, sa virtuosité certaine n’a besoin d’aucune esbroufe pour toucher un auditoire captivé par des atmosphères épurées et changeantes, faites de transitions, de rebondissements et de soubresauts sans fioritures.

Awake, qui ouvre magistralement le disque, détermine d’emblée le niveau de jeu du quartet, ainsi que sa manière d’aborder un thème qui évolue graduellement. Ici, les 3 premières minutes mettent en avant l’écriture, le piano et le trombone, puis soudain la basse se fait plus insistante, le Fender Rhodes entre dans la danse et la batterie s’active, le jazz s’électrifie avec l’impro de Bastien au Wurlitzer, le swing devient groove et se déploie avec énergie jusqu’à une outro qui se dépouille petit à petit de son rythme, avant de finir par un échange intimiste piano/trombone.

Dans Mood les accords de Rhodes gavés de reverb sont rapidement rejoints par Robinson qui laisse un temps son trombone au profit du vocoder, la mélodie subtile, délicate et chargée d’émotions me rappelle alors celles du saxophoniste Casey Benjamin qu’il interprète dans le projet Urbanus de Stefon Harris & Blackout. Le titre est comme suspendu, flottant en apesanteur, le groove y est nébuleux et la basse, dodue et voluptueuse, omniprésente.

Nighthawk, parés de ses accents psychédéliques et de ses reflets hypnotiques, trompe son monde avec son air faussement calme, la basse semble se prélasser, le piano retient ses marteaux, la batterie ses coups et le trombone ne demande qu’à partir en vrille… ça bouillonne mais n’explose pas.

Bref So Far So Good est une belle entrée en matière pour ces tout jeunes musiciens rhodaniens, une découverte à ne pas manquer !

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