mardi 10 septembre 2013

The Matthew Herbert Big Band “There’s Me And There’s You” (!K7)


The Matthew Herbert Big Band “There’s Me And There’s You”  (!K7)

Pour être sincère, à la première écoute du dernier opus « There’s Me And There’s You » du Matthew Herbert Big Band, le constat est plutôt mitigé ; en effet d’entres ses rythmiques abstraites, expérimentales, bruitistes et ses samples d’arrangements cuivrés syncopés et criards, seule une voix féminine tente d’humaniser ce marasme sonore. Cette voix, c’est celle d’Eska Mtungwazi, nouvelle égérie de l’anglais Matthew Herbert après Dani Siciliano, déjà sacrée The New Queen of UK Soul, elle « est le cœur battant de ce disque » au titre curieux de prima bord… En s’attardant sur la revue de presse, en prêtant l’oreille et surtout le cerveau à ce projet engagé et critique à l’égard du pouvoir britannique et notamment à propos de sa décision d’envoyer des troupes en Irak, on réalise l’ampleur conceptuelle qu’à pris la musique du patron d’Accidental Records depuis « Goodbye Swingtime » en 2001 mené aussi en collaboration avec la crème des musiciens jazz anglais. Avec un cahier des charges très stricte, dicté par son manifeste dogmatique (le PCCOM) lui interdisant par exemple l’usage de sons synthétiques imitant des instruments acoustiques, Herbert met en forme (musicale) sa vision du pouvoir et de ses détenteurs egocentriques, le titre « Yesness », par exemple, dévoile un collage composé des voix de 100 personnalités puissantes disant « OUI » (la reine et Gordon Brown ont décliné l’invitation), ailleurs c’est le son de 100 cartes de crédits que l’on découpe aux ciseaux qui retenti faisant ainsi étrangement écho à l’actualité boursière récente ou encore le bruit de 70 préservatifs que l’on frotte sur le parvis du British Museum…

Ce disque surprenant par sa richesse et sa complexité, laisse entrevoir sa musicalité qu’au bout de plusieurs écoutes attentives. Matthew nous envoie ici un message empli de gravité, sous ses devants faussement joyeux, riche en mélodie et en rebondissements, le ton employé demeure pessimiste, il renseigne l’auditeur sur l’absurdité et la dangerosité d’un système où une poignée d’hommes et de femmes mènent à leur guise et pour leur compte un état, une politique, un peuple… Cette œuvre produite par un des génies de la musique électronique est majeure mais elle nécessite la lecture du mode d’emploi afin d’en comprendre toutes les nuances.

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